Le PIB : une référence obsolète ? 

Le Produit Intérieur Brute (PIB) institué dans la plupart des nations après la guerre, considéré par les économistes « néoclassiques » comme « le seul critère qui compte pour juger un pays », est un indicateur de l’économie touchant aux seules transactions financières. Ce PIB qui a la particularité de regarder de manière positive toutes les dépenses, ignore ainsi tout acte gratuit, le bénévolat, les tâches domestiques, la nature qui n’est pas considérée comme un véritable capital par le système économique actuel….[1]  La pollution, les risques climatiques, la destruction des écosystèmes, la disparition des espèces ou l’épuisement des ressources non renouvelables sont même parfois comptabilisés comme incréments du PIB. L’effet Kobe rappelle que les événements les plus destructeurs (Tchernobyl, les tsunamis, les tremblements de terre…..) apparaissent comme bénéfiques au PIB parce qu’ils contribuent à son accroissement par les dépenses qu’ils engendrent.

        Si durant de nombreuses années, dans certains pays, la croissance du PIB reflétait plus ou moins bien l’amélioration du bien-être des habitants, cet indice marchand qui occulte de nombreux facteurs tels la qualité de vie, la qualité de l’environnement naturel, la durée du travail, l’espérance de vie, la solidarité, ne traduit en rien les conditions de vie des habitants[2]. Ainsi l’«indicateur de progrès réel » qui retient dans son calcul la valeur du travail bénévole et des tâches ménagères, stagne aux Etats Unis depuis 50 années alors que le PIB pendant la même période a doublé. 

Depuis quelques temps de nouveaux indicateurs sont élaborés par des Economistes conscients que le PIB est incapable d’exprimer de manière pertinente l’état réel d’un pays et surtout les conditions de vie de tous ses habitants. Au début des années 1990 les Nations Unies ont proposé «l’Indice de Développement Humain » (IDH) prenant en compte à égalité le PIB par habitant, le niveau de scolarisation et l’espérance de vie moyenne[3]. Il ne reflète cependant pas les inégalités, la pauvreté, la sécurité humaine, l'autonomisation ….

Malheureusement il ne suffit pas de changer simplement cette référence pour améliorer le Bien Etre des citoyens d’aujourd’hui et de demain ; il semble bien qu’il faille également revisiter les paradigmes de l’Economique néoclassique, en internalisant dans la comptabilité, par exemple, les dépenses externes supportées de plus en plus difficilement par la nature surexploitées (voir notre empreinte écologique) ou par le citoyens à travers ses problèmes de santé (amiante, produits chimiques…..).

        Dès les années 1970 Nicholas Georgescu-Roegen (1906-1994) proposait dans sa théorie sur la « Bioéconomie » de ne pas ignorer les limites de la nature et de tenir compte des lois de la Thermodynamie, en particulier la loi sur l’Entropie. Il n’a guère été entendu.

La pénurie annoncée de l’énergie fossile, prélude de celles de toutes ressources non renouvelables, mène cependant, depuis quelques temps, à des comportements plus responsables. Deux types d’économie plus comptables du «capital nature» semblent émerger doucement : «l’économie circulaire» qui copie la dynamique des écosystèmes (déchets utilisés comme matière première et absence de perte énergétique) et «l’économie de fonctionnalité» qui consiste à remplacer la notion de vente du bien par celle de la vente de l’usage du bien (location de matériel).Mais ces frémissements se font sans abandon du paradigme de la croissance ni de la prépotence de la sphère financière.                 



[1] Des pays européens proposent actuellement de prendre en compte des mouvements d’argent liés à la drogue et à la prostitution. 

[2] Dans le classement des pays en fonction des PIB, le Qatar est placé devant les USA (Luxembourg, Qatar, USA, Suisse …)

[3] Voir également : indice de santé sociale, indice de Bien-être économique durable (IBEED ou IBEES) …… Dans le classement IDH la Norvège précède l’Australie, la Suisse, les Pays Bas, les USA … la France est 20ème. . Le BRDH propose d’autres indices composites pour une vision élargie de certains enjeux clés du développement humain, des inégalités, de la disparité entre les sexes et de la pauvreté humaine. Le roi du Bhoutan souhaite mettre en place un indice «Bonheur national brut»…..