La Démocratie s’étiole (à la lumière de nos hommes politiques).

                      Dans son article 2 la Constitution française de 1958 précise son principe : «gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple», peuple qui manifeste sa souveraineté par ses représentants élus ou par la voie du référendum. Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s'en attribuer l'exercice (art.3), seraient-ils des patriciens politiques. C’est donc la démocratie dite représentative qui serait le moteur politique du fonctionnement de l’Etat français.

            Dans l'Antiquité grecque on ne connaissait qu'une seule démocratie, la démocratie directe et le gouvernement représentatif (appelé aujourd’hui démocratie représentative) était une oligarchie, d'ailleurs regardée comme l'ennemie traditionnelle de la démocratie. Le concept de démocratie représentative apparaîtrait d’ailleurs, pour les Grecs anciens, comme un oxymore. La Constitution française de la Vème République reposerait-elle sur un oxymore ?

            Au cours des années 1960 les insuffisances de la démocratie représentative : désintérêt du citoyen (non-respect des engagements), non-représentativité, absence du souci du long terme, d’une vision d’avenir, et ses limites face au besoin éthique de statuer sur les controverses sociotechniques liées aux nouvelles découvertes technologiques et scientifiques, ont mené à la nécessité de mettre à la disposition des citoyens les moyens de débattre, d'exprimer leur avis et de peser dans les décisions.

Pour renforcer la participation des  citoyens à la prise de position politique, pour permettre la participation du public à l'élaboration des décision pendant la phase de délibération, il est proposé de revitaliser la démocratie en s’appuyant sur un rôle et un pouvoir nouveaux accordés aux citoyens à travers le concept de démocratie participative (ou délibérative), fondée sur une citoyenneté active et informée » et sur la « formation d'un public actif ». Cette participation citoyenne est intrinsèquement liée au droit d'accès à l'information, ce qui est formalisé, par exemple, dans la Convention d'Aarhus de 1998[1] sur l'accès à l'information, la participation du public au processus décisionnel et l'accès à la justice en matière d'environnement . La démocratie participative qui est pour l’helléniste attentif un pléonasme, serait une forme de partage dans l’exercice du pouvoir. Mal acceptée par beaucoup d’Elus et surtout par les technocrates qui voient dans ce principe le moyen pour le citoyen de dénoncer les choix qu’ils proposent ou imposent aux décideurs, tout est fait pour éviter d’appliquer ce concept dérangeant.

            Malgré ce semblant de désir de la part des élus de «démocratiser la démocratie», le concept de démocratie, semble-t-il, ne concernerait plus le régime politique de nos gouvernements, mais désignerait plutôt notre société qui garde malgré tout la liberté, l'égalité, la fraternité et le social pour valeurs. Au moment où le citoyen met son bulletin dans l’urne, il remet dans d’autres mains sans autre contrepartie que des promesses entendues pendant la campagne électorale tout pouvoir de décision. L’expression du peuple est ignorée, parfois même celle des parlementaires. Serions-nous sous des régimes de «despotisme non-éclairé»?

Pour les nouveaux maîtres à penser qui construisent «la pensée unique», «pensée sur mesure» où la mondialisation n’est vue qu’au service de l’Economique, l’homme politique est superflu et la souveraineté du peuple n’a aucun sens. Comme se plait à le souligner M. Alain Minc « La démocratie n’est pas l’état naturel de la société. Le capitalisme ne peut s’effondrer, c’est l’état naturel de la société »[2]. Glisserions-nous doucement vers un régime anarcho-capitaliste[3]? Depuis quelques années, le peuple qui a tous les talents quand il approuve les décisions politiques, est regardé avec condescendance quand il les conteste et le citoyen devient un gêneur parce qu’il souhaite la démocratie. Faut-il se résigner à la fin des pensées universalistes, à l’évanouissement de la démocratie et accepter le dogmatisme du tout marché, du tout économique qui n’est pas une fatalité mais une construction de l’homme?

 



[1] La France a ratifié la Convention d'Aarhus le 8 juillet 2002. Elle est entrée en vigueur le 6 octobre 2002 

[2] A. Minc  Cambio 16, Madrid 1994.

[3] Pensée politique inspirée par Gustave de Molinari (1819-1912), selon laquelle une société capitaliste sans Etat est économiquement efficace et moralement désirable. Tout est privé même l’Armée ! Voir le libertarianisme.