Quelle agriculture demain ?

     Il semble indispensable aujourd’hui de repenser les options retenues par l’agriculture moderne soumise à la technologie, à la chimie, fondée sur le paradigme retenant le caractère illimité des ressources naturelles et la permanence des structures et mécanismes de la nature à leur origine. Les crises récurrentes de l’Agriculture que l’on tente d’endiguer souvent par des solutions financières, ne règlent rien et ne font que repousser les échéances en masquant passagèrement les symptômes. Ce qui n’a rien d’étonnant puisque selon le précepte d’A. Einstein « Les problèmes ne peuvent être résolus par le genre de pensée qui les a créés».

            De plus en plus s’affirme la nécessité, surtout en Agriculture, d’aller vers une décroissance énergétique et de recaler les rythmes de développement de nos sociétés avec ceux de la dynamique de l’écosystème terrestre ; ce qui va à l’encontre des comportements sociétaux actuellement retenus.

Allons-nous vers une révolution écologique de l’agriculture ?

         L’Agriculture de demain sera vraisemblablement multiforme mais toutes les techniques tiendront compte de l’environnement (protection des sols, énergie, GES…) ; ils s’appuieront sur une réduction des intrants qui ira également dans le sens d’une prise en considération des problèmes de santé….    Il devrait y avoir une approche globale des systèmes productifs.  

            Sera-t-elle à deux dimensions[1] ? Cela semble se confirmer peu à peu.

 

                        Il y aurait une Agriculture d’exploitations de grande taille     

            Elle concernerait des surfaces importantespermettant les économies d’échelle et une production spécialisée misant sur la quantité. Elle serait une Agriculture spécialisée contractualisée avec les agro-industries  (conserveurs, distribution…)  et pour l’exportation   (céréales …) .

            Ce système agricole resterait « conventionnel » mais serait peut-être plus technologique. En s’appuyant sur des innovations techniques (plus coûteuses), elle pourrait être une agriculture de précision avec de nouveaux matériels (GPS, drones ….  ), lors des semis, de l’apports d’engrais ou des traitements phytosanitaires (tracteur avec recueil d’informations topographiques, hygrométriques …..) Dans ces exploitations le gérant serait plus un gestionnaire de données informatiques …. Il s’agira  d’une agriculture de produits standardisés, pour consommateurs de types uniformisés ! Elle irait dans le sens d’une main mise de la sphère financière sur les terres.               

                                          Une Agriculture sur exploitations de taille humaine   

            Sur dessurfaces plus réduites elle s’appuierait sur une production  plus qualitative ; économie de qualité et plus à même d’assurer des services environnementaux …   (paysages, haies, lutte contre l’érosion …. biodiversité sauvage et domestique …..)

                                                           *Agriculture de certification    Ag normalisée

C’est une voie qui n’est pas nouvelle qui s’appuie sur des produits certifiés, labellisés, avec cahier des charges (AB, AOC ; élevage extensif, sans OGM, sans antibiotique…)  L’étiquetage confirme l’origine des produits garantis par des critères de qualité, pour consommateurs avertis, informés.

Produits à commercialisation nationale et internationale comme le vin, les fromages… 

                                                           *Agriculture de proximité

Elle se caractérise par une commercialisation locale. Agriculture périurbaine ? à structure spatiale rappelant celle circulaire des anciens villages. Agriculture  urbaine !

 C’est la vente directe à la ferme, sur marchés « paysans », distributeurs à la ferme ou en ville. Il se crée un lien de proximité qui la rend plus économe en énergie. 

Système plus local  où un contact se fait entre producteurs et consommateurs d’un même territoire (AMAP…..).

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            Il serait souhaitable que l’agriculture ne reste pas sous la tutelle de l’OMC et que la souveraineté du service alimentaire soit admise. Ceci permettrait en reconnaissant la spécificité et le caractère unique des biens nécessaires à la sécurité alimentaire de protéger les agriculteurs des conséquences négatives des échanges commerciaux et des spéculations sur les prix des produits agricoles.

            Le droit de propriété intellectuelle sur le vivant, particulièrement celui touchant les semences, doit être également remis en cause dans le respect des « droits des paysans ». Une déclaration onusienne allant dans ce sens est attendue (fideicommis).

 

Pour l’agro-écologie il importe que ces conditions soient réalisées afin de faciliter sa mise en pratique. Malheureusement il sera plus facile pour le monde agricole  de préférer se référer à une « agriculture écologiquement intensive » travestie d’effets vestimentaires choisis par les gros exploitants, le syndicat majoritaire, l’agrobusiness, qui ne remettront pas ou peu en cause l’agriculture conventionnelle d’aujourd’hui.



[1] P. Limousin « Agricultures et industries agro-alimentaires françaises » Masson géographie 1992