Environnement & Société

18 mai 2017

Ecologie

La crise écologique

            Il est certain que l’esprit de nos élus n’est guère préoccupé outre mesure par la gestion raisonnable de l’environnement naturel.

S’il est fait grand bruit autour de la crise économique, cela est normal me direz-vous ; elle est en fait une crise financière, une autre crise dont on tait l’ampleur s’installe doucement depuis plusieurs années sans que l’on s’en soucie réellement : la crise écologique. Cela n’est pas normal, mais on ne le dit pas.

Si ces deux crises présentent de nombreux points communs : toutes deux émanent des agissements de  l’homme, leurs prémices ont étés ou sont occultées, elles touchent les générations futures (d’un côté par la dette, de l’autre par le pillage des ressources naturelles) … elles diffèrent par la nature et l’ampleur des séquelles qu’elles génèrent et par les solutions qu’elles sollicitent. Si l’on peut « monétiser » la dette (on peut même la supprimer !), il est impossible de remplacer la nature par l’argent. La Terre est insubstituable.

            La dégradation en profondeur de l’environnement qui condamne à court terme une bonne partie de l’humanité et à long terme la planète toute entière, exige de toute urgence de la part des élus, un changement complet de paradigme dans leur façon de penser notre environnement. En effet, selon le précepte d’A. Einstein « Les problèmes ne peuvent être résolus par le genre de pensée qui les a créés».

Les solutions à apporter pour gérer la crise écologique demandent une approche globale, systémique, hors de l’espace cartésien, mais aussi un regard sur le long terme, ce qui impose le rejet de la myopie, elles préconisent la qualité et non la quantité ce qui signifie qu’il faut privilégier le développement plutôt que la croissance, elles sollicitent le raisonnable plutôt que le rationnel …. Tout ce qui n’entre pas, comme vous le constatez, dans le cadre de la « pensée unique », dans ce « prêt à penser» dont on connaît les méfaits et qui contamine nos politiques, décideurs mal à l’aise dès qu’il faut gérer l’environnement naturel plutôt que de l’exploiter. Certains comptent sur la technologie, sur l’intelligence de l’homme pour trouver des solutions à la démesure des risques écologiques qui nous menacent. Mais on sait que le pouvoir technoscientifique a ses limites, comme nous le montrent d’ailleurs notre irrésolution face au changement climatique ou encore notre incapacité à gérer les déchets des centrales nucléaires dont on ne sait que faire. Nous sommes obligés de compter avec la finitude de notre planète, avec sa singularité, ce que beaucoup veulent ignorer.

S’inquiéter du devenir de notre environnement n’est pas s’adonner au militantisme antihumanisme, comme l’affirment les contempteurs de l’écologie, mais c’est œuvrer pour le maintien d’une terre humainement viable. C’est faire montre d’une responsabilité vis-à-vis de l’existence de l’humanité. La morale et l’éthique écologique doivent être aujourd’hui un choix prioritaire afin qu’il y ait un futur à l’avenir et que cet avenir soit humain.

Depuis plus de quarante ans les empreintes écologiques montrent que nous vivons au-dessus de nos moyens, en partie aux dépends des habitants des pays les moins développés. Depuis le début octobre nous vivons à « découvert écologique » ; nous avons dépassé notre crédit-Terre et nous entamons le capital Terre. Cela se reproduit tous les ans depuis les années 80.

Que doit-on faire ? Souhaiter la mise en place d’un éco-fascisme ? D’un totalitarisme écologique  « salvateur »? Doit-on être fataliste, attendre, et faire siens les propos tenus par le président de la Commission des toxiques en agriculture, « je suis complétement interloqué quand on me dit : il faut faire attention aux générations futures. Mais les générations futures, excusez-moi du terme, elles se démerderont  comme tout le monde» ?

L’autisme des politiques atteint actuellement son paroxysme sur le plan de l’écologie mais semble-t-il aussi, d’ailleurs, sur celui des finances et de l’économie. Ce qui a conduit nos voisins Italiens à faire ce que préconisait Saint Simon (un Picard ?) : mettre en place un pouvoir constitué de techniciens, de savants, d’industriels et, pour actualiser sa démarche, de banquiers ! Est-ce souhaitable ?

Certains caressaient l’espoir que la crise financière mène à porter un autre regard sur notre comportement. Il n’en est malheureusement rien et pour habiter sa maison l’homme continue à la rendre inhabitable.

                                                                                                                                                             2011

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Agriculture

L’agriculture aujourd’hui

 

Nous savons depuis 10 000 ans environ que « l’Agriculture est l’art le plus indispensable à l’humanité » ; nous avons appris vers l’an 1600  que « Labourage et pâturage sont les deux mamelles dont la France est alimentée …» ; plus récemment, en 1856, dans son « Nouveau catéchisme agricole » petit ouvrage distribué dans les écoles rurales, M PUILLE D. (d’Amiens), nous rappelle que   « Les progrès de l’Agriculture doivent être un des objets de notre constante sollicitude, car de son amélioration ou de son déclin date la prospérité ou la décadence des empires ».

Forts de ces adages,nous sommes convaincus du rôle primordial joué par l’Agriculture qui assure depuis longtemps, une fonction économique de production de biens et services, soutenant la création d’emplois ruraux, une fonction sociale d’occupation du territoire, d’animation du monde rural et de transmission d’un patrimoine culturel spécifique, une fonction écologique de protection de l’environnement et de gestion de l’espace rural. Cette agriculture que nous souhaitons pérenne, durable pour utiliser une expression à la mode,  s’appuie, jusqu’alors, essentiellement sur les cellules de base que sont les exploitations agricoles, et donner un contenu concret au concept de développement durable en agriculture c’est garantir la durabilité de ces exploitations qui doivent rester « viables, vivables, transmissibles et  reproductibles». Or chaque semaine en France plus de 200 exploitations disparaissent. Et cela n’est pas terminé, en effet, par de savants calculs, économiques cela va de soi, on nous affirme, en s’appuyant sur la Surface Agricole Utile et sur les différentes Unités de Dimension Economique, qu’il n’y a de place que pour 350 000 exploitations en France ; elles sont aujourd’hui environ 660 000..(30 ans)

L’Agriculture est depuis longtemps en crise permanente, et l’on sait que la crise chronique d’une activité révèle souvent son caractère non durable. Contrairement à ce qu’affirment encore certains, cette crise relève moins de facteurs climatiques et de contraintes écologiques que « des spéculateurs et des marchands » (E. Reclus au début du 20ème siècle) et des politiques choisies.Depuis plus d’un siècle les politiques agricoles proposées ont mené à la situation  que l’on connaît aujourd’hui.

           Dès la fin du 19ème siècle tout est prêt pour mettre en place une « élite rurale ». Les campagnes françaises sont piégées dans un système d’encadrement géré par les agronomes-chimistes « Notre agriculture n’arrivera à tout son développement que guidée, conseillée par la science ……. telle est la devise du savant qui se voue aux études agronomiques »(PP Déhérain 1874 Ann. Agron.).

Toutes les bases du développement d’une agriculture intensive sont déjà jetées à cette époque et c’est au cours de cette période que le paysan a été disqualifié et que l’agronome a été intronisé.

Plus tard le destin de l’agriculture française et de la paysannerie se résume dans le rapport « Rueff-Armand » remis au chef de l’Etat en 1958, « … le mécanisme des prix ne remplira son office dans le secteur agricole, qu’en infligeant aux agriculteurs, presque en permanence, un niveau de vie sensiblement inférieur à celui des autres catégories de travailleurs ». Les paysans sont obligés de quitter la terre.

Enfin le coup de grâce est donné aujourd’hui par les laudateurs de la compétitivité qui déclarent que « la libéralisation des échanges est la seule solution » (P Lamy 2008) ; ils sont suivis dans cette dérive par certains syndicats agricoles et lobbies qui appellent de leurs vœux la poursuite de ce système, malgré les nombreux signes d’échec et ses effets délétères.

En effet, l’agriculture conventionnelle à l’origine de grands progrès au cours du 20ème siècle -  il n’est pas d’actualité de les nier (en 1870 un agriculteur alimentait 5 personnes, 100 ans après il en nourrit 47, ….) -  permet d’obtenir de hauts rendements (en baissant, toutefois la productivité), mais on peut affirmer que les agriculteurs ont payé et paient encore le prix fort cette modernisation (baisse des revenus, santé…...) et que cette politique se fait au détriment de l’environnement et génère des problèmes sanitaires (vache folle, fièvre aphteuse, grippe aviaire, grippe porcine…..).

L’agriculture est devenue aujourd’hui un  « mégasystème technologique » comme le nucléaire ou encore la médecine où seule l’Economie compte. L’art de cultiver le sol devient l’art de faire des profits. C’est ce que favorisent les politiques agricoles mises en œuvre depuis 1960 en encourageant le développement de l’agriculture productiviste et en voulant le décalage entre coût de production et prix de vente afin de stimuler la concurrence et d’éjecter les moins performants. Peu à peu l’Agriculture a perdu de vue ses fondements écologiques pour mettre l’accent sur le seul facteur production, ce qui l’amène de toute évidence vers des impasses écologiques et sociétales insupportables pour l’homme et la nature. Entrainé dans la spirale sans fin d’une compétitivité qui fascine les lobbies et certains syndicats agricoles, l’agriculteur est depuis le début roulé dans la farine et demain peut-être, mais cela n’est guère souhaitable, dans la farine de plantes génétiquement modifiées, miroirs aux alouettes.

Le monde rural est donc la première victime prévue de ce système appliqué à l’agriculture. Dès le début quelques agriculteurs ont bien tenté de s’opposer à cet asservissement, à ce déracinement, à cette « modernisation forcée », mais la politique agricole française n’a pas, jusqu’alors, tenu compte des analyses critiques qui étaient formulées. Les écologistes, il faut le rappeler, ont très tôt dénoncé l’agriculture intensive, mais la mode dans le monde agricole comme dans le monde industriel d’ailleurs est encore de « casser de l’écolo » et de ranger dans le placard aux fantasmes les craintes qu’ils évoquent et qui pourtant, aujourd’hui, petit à petit, se concrétisent.

Il est grand temps de repenser l’Agriculture de façon globale d’autant plus que de nouveaux défis s’ajoutent à celui de l’alimentation de l’homme qui doit rester prioritaire. La concurrence « nourricière » entre humains, animaux d’élevage et voitures (les 3 F : food, feed and fuel), le développement de la  « chimie verte », l’extension de l’urbanisation,vont obliger à faire des choix, à gérer les espaces cultivables et à menerà une politique nationaleréorientant les soutiens vers les hommes et les territoires.

Ne faut-il pas distinguer une agriculture alimentaire de proximité de dimension humaine, attachée à la subsidiarité que préconisent la FAO, et une agriculture contractuelle de grandes surfaces au service de l’agroalimentaire, de l’industrie, de l’exportation et soumise à l’OMC ?

« A côté d’une agriculture productiviste adaptée à la compétition économique diversifiée et planifiée pour répondre aux besoins des industries agroalimentaires auxquelles elle sera liée par des contrats, ……. on trouvera un tissu de moyennes et petites exploitations revivifiées par leur intégration dans un système économique de dimension locale ou régionale et dont l’activité agricole sera complétée par d’autres activités artisanales, commerciales ….. » P. Limousin 1992

Ne faut-il pas préconiser une approche transversale rejetant le système des filières qui font que lorsque les céréaliers se frottent les mains les éleveurs pleurent. Ne faut-il pas instaurer des quantums ? Ne faut-il pas réglementer l’occupation de l’espace en protégeant les terres agricoles ? C’est une refonte fondamentale que nécessite l’agriculture dite moderne et croire qu’il suffit de se pencher et de gérer successivement de façon ponctuelle les problèmes de l’agriculteur producteur de fruits, de lait, de viande porcine,… d’œufs aujourd’hui, pour régler la crise est un leurre entretenu par ceux qui, «formatés par la réalité marchande » ne souhaitent pas analyser notre société autrement qu’en termes économiques et profitent de cette situation.

Si nous continuons dans ce sens le meilleur des mondes agricoles est peut être derrière nous dans les ruines de l’agriculture d’hier regardée avec dédain par les «exploitants es agriculture» qui se veulent modernes.

                                                                                                                                             juin 2012  

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03 avril 2017

Société

Nous souffrons de la démesure avait dit Léopold Kohr

         La crise actuelle est une crise du gigantisme, «si quelque chose ne fonctionne pas, c’est parce c’est trop grand» disait Léopold Kohr Prix Nobel alternatif 1983. La source des problèmes actuels serait la démesure. Dans son livre « The Breakdown of nations » publié en 1957, à une époque où les politologues renommés souhaitaient (souhaitent encore) un gouvernement mondial, il préconisait, à contrecourant, les petits Etats, les petites Nations, les petites Economies, plus souples et capables de traverser les crises parce que plus paisibles, plus prospères et plus créatives. Il  conseillait des gouvernances à une échelle où le citoyen peut encore avoir une influence sur les systèmes qui gouvernent sa vie.

Aujourd’hui, nos Politiques qui assistent pourtant au naufrage de notre Société, ne jurent que par une augmentation de la croissance, par des économies d’échelle, des grandes Régions, des grandes exploitations agricoles, le regroupement des services de l’Etat ……  Les multinationales forment une ploutocratie mondiale qui efface toute démocratie et les établissements bancaires  sont maintenant si importants que leur effondrement entraine celui de l’économie mondiale.  Dans un contexte de mondialisation, les métropoles, les mégapoles, les nouvelles Régions … l’Europe, sont des gouvernances territoriales qui nous éloignent de plus en plus des lieux de décisions, des responsables de la décision ; dans cette fuite en avant le Citoyen se sent isolé, impuissant, à la merci des idéologies, du lobbying.

            Le maintien à une échelle locale, humaine, d’une politique lisible par une population vivant dans un espace-temps ressenti permettrait au Citoyen de se rassurer, de vivre et faire vivre la Démocratie plutôt que de se laisser entrainer dans un fatalisme le livrant au jeu des seuls intérêts privés. Le désintéressement politique que l’on déplore actuellement chez nombre de nos concitoyens est compréhensible dès lors où  les sensations d’impuissance et d’inutilité politiques s’affirment dans l’ambiance des gouvernances imposées.                                               décembre 2015.

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Société

L’incompris principe de précaution

 

             Proposé au cours des années 1970 par le philosophe allemand Hans Jonas[1], le principe[2] de précaution est évoqué dès 1972 dans la Déclaration finale de la Conférence de Stockholm sur l’environnement humain. Mis en application juridiquement pour la première fois en 1985 dans la Convention de Vienne sur la protection de la couche d’ozone il entre dans le droit international dans les années 1990. Il apparaît dans le traité européen de Maastricht  en février 1992 (article 130 R) puis dans la déclaration du sommet de Rio  adoptée la même année (principe 15) « pour protéger l’environnement des mesures de précaution doivent être largement appliquées par les Etats selon leurs capacités. En cas de risques de dommages graves ou irréversibles, l’absence de certitude scientifique absolue ne doit pas servir de prétexte pour remettre à plus tard l’adoption de mesures effectives visant à prévenir la dégradation de l’environnement ».

Associé à la protection de l’environnement il apporte, en complément de l’arsenal juridique s’adressant aux risques certains comprenant notamment le principe de prévention ou celui de pollueur-payeur, une ressource juridique concernant les risques incertains. L’incertitude jusqu’alors, s’analysait en une présomption de non-dangerosité, l’environnement étant supposé capable de supporter toutes les actions de l’homme, le principe de précaution inverse maintenant la situation. Le bénéfice du doute profite désormais à l’environnement dont on connaît la fragilité.

     

       La loi Barnier du 2 février 1995 sur le renforcement de la protection de l'environnement, dite aussi "loi paysage", rend applicable le principe de précaution dans le droit français de l'environnement : "l'absence de certitude, compte tenu des connaissances scientifiques du moment, ne doit pas retarder l'adoption de mesures effectives et proportionnées visant à prévenir un risque de dommages graves et irréversibles à l'environnement, à un coût économiquement acceptable". Cette définition très modérée de la précaution se distingue bien d'interprétations radicales qui préconisent une logique d'inaction selon l'adage "dans le doute abstiens-toi", rien n'étant fait tant que l'on n'a pas fait la preuve de l'innocuité absolue des activités ou des produits. Une chose est certaine, il n’est pas d’actualité de retenir la conception radicale de ce principe qui retiendrait comme objectif le « risque zéro ».

Bien qu’allant au-delà du principe de mitigation, il est souvent confondu avec le principe de prévention alors que la précaution marque la différence entre l’incertitude probabilisable de l’aléa [3] (lequel correspond à la prévention) et l’incertain par manque de connaissance (auquel se rattache la précaution). Dans le premier cas l’incertitude est objective dans le second elle est subjective. Ce principe n'est donc pas, comme certains l'affirment, afin de mieux le condamner d'ailleurs, un prétexte vertueux à la paralysie, un moyen commode de bloquer des initiatives en imposant des moratoires ; il oblige au contraire la recherche à progresser même si celle-ci peut accroître l’incertitude !… et surtout à accepter certaines contraintes de prudence, concept qui englobe à la fois la prévention et la précaution.

       Il a été intégré dans notre Constitution depuis 2005 « Lorsque la réalisation d’un dommage bien qu’incertaine en l’état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l’environnement, les autorités publiques veilleront, par application du principe de précaution, et dans leurs domaines d’attribution, à la mise en œuvre de procédure d’évaluation des risques et à l’adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage».

 

    Le principe de précaution, l’un des six principes qui structurent le concept de Développement durable[4], bouscule le droit du risque et oblige à redéfinir les contours du droit de la responsabilité. La notion de faute est considérablement élargie, elle entre maintenant dans le cadre d’une morale de l’incertitude.

    L’obligation de son application naît quand l’analyse de l’aléa fait émerger des questions qui n’ont pas de réponse ou quand les seules réponses se font sous la forme d’hypothèses. Il y a, alors, un doute légitime qui impose la mise en place de procédures de recherches, d’expertises, de débats, d’obligations de veille et de suivi. Cela concerne donc des risques potentiels non avérés et la faute n’est pas une faute classique bien qu’elle rappelle « la négligence », mais l’erreur est de s’être abstenu de mettre en place les procédures susceptibles d’anticiper, de déceler la potentialité de risques avant de pouvoir les identifier. En deçà de ce seuil d’incertitude, pour les risques connus, il n’est pas illégitime d’agir en respectant seulement les procédures de prévention. Cette démarche qui demande une construction intellectuelle inhabituelle du risque, montre que le principe de précaution loin de bloquer toute action nouvelle n’est pas contradictoire avec l’innovation comme le dénoncent ses détracteurs, mais oblige à la recherche pour sortir de l’incertitude. Il rend maintenant indissociables dans toute action susceptible de générer un danger, responsabilité, risque et précaution, ce qui constitue une garantie pour le citoyen.

    Bien qu’il « n’ait pas donné lieu à des bouleversements, ni à des applications déraisonnables, ni inspiré des décisions de justice qui auraient changé le cours des choses », ce principe regardé par certains comme un principe d’inhibition ou d’indécision est contesté par de nombreux politiques ; ils souhaiteraient le remplacer par un "principe d'innovation responsable"[5] qui n’aurait pasl’inconvénient fâcheux d’inciter à passer d’une société du risque à une démocratie du risque en suscitant de vrais débats publics pour que chercheurs et citoyens aient le temps d’y voir clair[6].

 



[1] « Principe responsabilité » 1979 - traduit en français en 1990. 

[2] Le principe est un concept, une règle, non démontré mais vérifié par l'expérience. C'est une vérité première, évidente, qui ne peut être prouvée ni combattue par des propositions qui le soient davantage.  

[3] En prévention des risques naturels vis-à-vis de biens, l'aléa est un phénomène naturel d’éventualité et d'intensité connues.

[4] Avec celui de Responsabilité, d’Approche systémique, de Pollueur-payeur, d’Internalisation des coûts externes et de Gouvernance.

[5]  Proposition déposée par E. Woerth ; rejetée par l’Assemblée Nationale le 4/12/2014.

[6] « Les métamorphoses du principe de précaution » A. Sinaï Actu-Environnement 2010.

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Société

Le PIB : une référence obsolète ? 

Le Produit Intérieur Brute (PIB) institué dans la plupart des nations après la guerre, considéré par les économistes « néoclassiques » comme « le seul critère qui compte pour juger un pays », est un indicateur de l’économie touchant aux seules transactions financières. Ce PIB qui a la particularité de regarder de manière positive toutes les dépenses, ignore ainsi tout acte gratuit, le bénévolat, les tâches domestiques, la nature qui n’est pas considérée comme un véritable capital par le système économique actuel….[1]  La pollution, les risques climatiques, la destruction des écosystèmes, la disparition des espèces ou l’épuisement des ressources non renouvelables sont même parfois comptabilisés comme incréments du PIB. L’effet Kobe rappelle que les événements les plus destructeurs (Tchernobyl, les tsunamis, les tremblements de terre…..) apparaissent comme bénéfiques au PIB parce qu’ils contribuent à son accroissement par les dépenses qu’ils engendrent.

        Si durant de nombreuses années, dans certains pays, la croissance du PIB reflétait plus ou moins bien l’amélioration du bien-être des habitants, cet indice marchand qui occulte de nombreux facteurs tels la qualité de vie, la qualité de l’environnement naturel, la durée du travail, l’espérance de vie, la solidarité, ne traduit en rien les conditions de vie des habitants[2]. Ainsi l’«indicateur de progrès réel » qui retient dans son calcul la valeur du travail bénévole et des tâches ménagères, stagne aux Etats Unis depuis 50 années alors que le PIB pendant la même période a doublé. 

Depuis quelques temps de nouveaux indicateurs sont élaborés par des Economistes conscients que le PIB est incapable d’exprimer de manière pertinente l’état réel d’un pays et surtout les conditions de vie de tous ses habitants. Au début des années 1990 les Nations Unies ont proposé «l’Indice de Développement Humain » (IDH) prenant en compte à égalité le PIB par habitant, le niveau de scolarisation et l’espérance de vie moyenne[3]. Il ne reflète cependant pas les inégalités, la pauvreté, la sécurité humaine, l'autonomisation ….

Malheureusement il ne suffit pas de changer simplement cette référence pour améliorer le Bien Etre des citoyens d’aujourd’hui et de demain ; il semble bien qu’il faille également revisiter les paradigmes de l’Economique néoclassique, en internalisant dans la comptabilité, par exemple, les dépenses externes supportées de plus en plus difficilement par la nature surexploitées (voir notre empreinte écologique) ou par le citoyens à travers ses problèmes de santé (amiante, produits chimiques…..).

        Dès les années 1970 Nicholas Georgescu-Roegen (1906-1994) proposait dans sa théorie sur la « Bioéconomie » de ne pas ignorer les limites de la nature et de tenir compte des lois de la Thermodynamie, en particulier la loi sur l’Entropie. Il n’a guère été entendu.

La pénurie annoncée de l’énergie fossile, prélude de celles de toutes ressources non renouvelables, mène cependant, depuis quelques temps, à des comportements plus responsables. Deux types d’économie plus comptables du «capital nature» semblent émerger doucement : «l’économie circulaire» qui copie la dynamique des écosystèmes (déchets utilisés comme matière première et absence de perte énergétique) et «l’économie de fonctionnalité» qui consiste à remplacer la notion de vente du bien par celle de la vente de l’usage du bien (location de matériel).Mais ces frémissements se font sans abandon du paradigme de la croissance ni de la prépotence de la sphère financière.                 



[1] Des pays européens proposent actuellement de prendre en compte des mouvements d’argent liés à la drogue et à la prostitution. 

[2] Dans le classement des pays en fonction des PIB, le Qatar est placé devant les USA (Luxembourg, Qatar, USA, Suisse …)

[3] Voir également : indice de santé sociale, indice de Bien-être économique durable (IBEED ou IBEES) …… Dans le classement IDH la Norvège précède l’Australie, la Suisse, les Pays Bas, les USA … la France est 20ème. . Le BRDH propose d’autres indices composites pour une vision élargie de certains enjeux clés du développement humain, des inégalités, de la disparité entre les sexes et de la pauvreté humaine. Le roi du Bhoutan souhaite mettre en place un indice «Bonheur national brut»…..

  

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17 mars 2017

Démocratie

 

LA PARTICIPATION DU CITOYEN ……. La concertation

                Depuis plus de 20 ans « le concept de participation » est un pensum pour les décideurs et les professionnels de l’aménagement du territoire. En effet ce principe s’il est accepté, est toujours mal reçu, tout particulièrement par les techniciens-ingénieurs qui supportent très difficilement les états d’âme métaphysiques des citoyens béotiens mettant en cause les études d’experts qu’ils ont élaborées ; oubliant trop souvent que dans les associations certaines personnes sont devenues des spécialistes capables de faire une analyse pertinente des projets. Négligeant aussi que depuis la loi Bouchardeau de 1983, la loi Barnier de 1995, les entretiens de Ségur qui ont mené à la « Charte de la concertation » en 1996, le séminaire européen de Trustnet en 2000, la loi relative à la démocratie de proximité de 2002, le décret relatif à la convention d’Aarhus en 2002, l’article 7 de la Charte de l’Environnement en2005 ….….. la reconnaissance de la participation du citoyen à l’élaboration des projets est légalement certaine même si elle est généralement écartée parce que parfois compliquée à mettre en place ; il est plus facile, en effet, d’appliquer seul le « paradigme d’autorité » dans le cadre d’une décision difficile à faire accepter.  

Trop souvent les maîtres d’ouvrage et les décideurs publics ou privés qui ne voient dans cette procédure de concertation qu’une contrainte et non l’occasion d’une démarche de progrès, affirment que la participation s’est parfaitement déroulée, alors que les échanges avec le public ne se sont réduits qu’à une information, niveau le plus modeste de la participation, monologue sans échange où le chef de projet dominant parle à un public dominé, qu’à une consultation, démarche également en sens unique qui permet certes de recueillir l’avis des populations mais où rien ne garantit que les propositions recueillies seront réellement prises en compte et qu’il y aura un retour d’information. La consultation est une participation ambiguë, source de malentendus - l’enquête Publique entre dans ce cadre, de même que l’audition publique. La concertation permet de véritables allers et retours de l’information,c’est le domaine du dialogue où les avis des personnes concernées sont mis en forme et font l’objet d’une réflexion. Les non-initiés ne sont pas méprisés, ils participent à une construction collective ; c’est le « paradigme de la confiance mutuelle » qui est ici retenu et qui mène généralement à l’acceptabilité d’un projet. Ce n’est certes pas la participation vraie où la population prend en main tout ou partie du projet, ni l’autogestion degré ultime de la participation où la population gère seule un projet qu’elle élabore, mais la concertation est avant tout une façon d’humaniser le projet en permettant à ceux qui connaissent le mieux le terrain de soulever les bonnes questions. La concertation qui apporte beaucoup au projet, responsabilise la population qui se l’approprie. Au cours des discussions, transparence, honnêteté, confiance,  sont des règles de base ; toutes les expériences montrent que la  volonté d’informer impartialement et de faire participer le citoyen trouve sa récompense dans l’attitude responsable des acteurs concertés. Elles montrent également que lorsque qu’un rejet s’exprime tardivement, pendant l’enquête publique par exemple, et qu’aucune concertation n’a commencé en amont, il est déjà trop tard. Faire participer le citoyen est une volonté de politique locale sur l’ensemble d’une démarche de décision depuis son origine jusqu’à son terme. 

 Dans ce cadre la communication joue un rôle important, elle ne doit pas cependant se résumer à  des méthodes publicitaires mais apporter des éléments qui permettent au public de mieux appréhender le sujet.

 

L’actualité montre qu’en France la concertation n’est pas coutumière. Récemment, en ce qui concerne l’opportunité d’établir des éoliennes en mer, l’Etat a pris la décision, seul, d’accepter le principe des implantations (600 éoliennes ?) sans attendre les conclusions de la Commission Nationale de Débats Publics ; cela s’était déjà produit pour la A24 Amiens-Lille il y a quelques années. Plus localement, les enquêtes publiques concernant deux projets importants : le PPRI de Cayeux qui remet en cause l’aménagement de la commune et son développement, et l’établissement à proximité d’Abbeville d’une stabulation de 1000 bovins, très certainement à l’origine de nuisances voire de pollutions, ont été ouvertes sans que le public ait réellement participé à l’élaboration de ces aménagements. Le rejet, l’indignation d’une part de la population qui se sent ainsi rejetée, mise à l’écart, n’est que légitime.

Il est regrettable que la démarche de concertation qui permet d’éclairer le décideur et de démocratiser les débats menant à l’élaboration d’une décision, soit toujours aussi difficile à réaliser en France.

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16 mars 2017

Démocratie

La Démocratie s’étiole (à la lumière de nos hommes politiques).

                      Dans son article 2 la Constitution française de 1958 précise son principe : «gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple», peuple qui manifeste sa souveraineté par ses représentants élus ou par la voie du référendum. Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s'en attribuer l'exercice (art.3), seraient-ils des patriciens politiques. C’est donc la démocratie dite représentative qui serait le moteur politique du fonctionnement de l’Etat français.

            Dans l'Antiquité grecque on ne connaissait qu'une seule démocratie, la démocratie directe et le gouvernement représentatif (appelé aujourd’hui démocratie représentative) était une oligarchie, d'ailleurs regardée comme l'ennemie traditionnelle de la démocratie. Le concept de démocratie représentative apparaîtrait d’ailleurs, pour les Grecs anciens, comme un oxymore. La Constitution française de la Vème République reposerait-elle sur un oxymore ?

            Au cours des années 1960 les insuffisances de la démocratie représentative : désintérêt du citoyen (non-respect des engagements), non-représentativité, absence du souci du long terme, d’une vision d’avenir, et ses limites face au besoin éthique de statuer sur les controverses sociotechniques liées aux nouvelles découvertes technologiques et scientifiques, ont mené à la nécessité de mettre à la disposition des citoyens les moyens de débattre, d'exprimer leur avis et de peser dans les décisions.

Pour renforcer la participation des  citoyens à la prise de position politique, pour permettre la participation du public à l'élaboration des décision pendant la phase de délibération, il est proposé de revitaliser la démocratie en s’appuyant sur un rôle et un pouvoir nouveaux accordés aux citoyens à travers le concept de démocratie participative (ou délibérative), fondée sur une citoyenneté active et informée » et sur la « formation d'un public actif ». Cette participation citoyenne est intrinsèquement liée au droit d'accès à l'information, ce qui est formalisé, par exemple, dans la Convention d'Aarhus de 1998[1] sur l'accès à l'information, la participation du public au processus décisionnel et l'accès à la justice en matière d'environnement . La démocratie participative qui est pour l’helléniste attentif un pléonasme, serait une forme de partage dans l’exercice du pouvoir. Mal acceptée par beaucoup d’Elus et surtout par les technocrates qui voient dans ce principe le moyen pour le citoyen de dénoncer les choix qu’ils proposent ou imposent aux décideurs, tout est fait pour éviter d’appliquer ce concept dérangeant.

            Malgré ce semblant de désir de la part des élus de «démocratiser la démocratie», le concept de démocratie, semble-t-il, ne concernerait plus le régime politique de nos gouvernements, mais désignerait plutôt notre société qui garde malgré tout la liberté, l'égalité, la fraternité et le social pour valeurs. Au moment où le citoyen met son bulletin dans l’urne, il remet dans d’autres mains sans autre contrepartie que des promesses entendues pendant la campagne électorale tout pouvoir de décision. L’expression du peuple est ignorée, parfois même celle des parlementaires. Serions-nous sous des régimes de «despotisme non-éclairé»?

Pour les nouveaux maîtres à penser qui construisent «la pensée unique», «pensée sur mesure» où la mondialisation n’est vue qu’au service de l’Economique, l’homme politique est superflu et la souveraineté du peuple n’a aucun sens. Comme se plait à le souligner M. Alain Minc « La démocratie n’est pas l’état naturel de la société. Le capitalisme ne peut s’effondrer, c’est l’état naturel de la société »[2]. Glisserions-nous doucement vers un régime anarcho-capitaliste[3]? Depuis quelques années, le peuple qui a tous les talents quand il approuve les décisions politiques, est regardé avec condescendance quand il les conteste et le citoyen devient un gêneur parce qu’il souhaite la démocratie. Faut-il se résigner à la fin des pensées universalistes, à l’évanouissement de la démocratie et accepter le dogmatisme du tout marché, du tout économique qui n’est pas une fatalité mais une construction de l’homme?

 



[1] La France a ratifié la Convention d'Aarhus le 8 juillet 2002. Elle est entrée en vigueur le 6 octobre 2002 

[2] A. Minc  Cambio 16, Madrid 1994.

[3] Pensée politique inspirée par Gustave de Molinari (1819-1912), selon laquelle une société capitaliste sans Etat est économiquement efficace et moralement désirable. Tout est privé même l’Armée ! Voir le libertarianisme.

 

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14 mars 2017

Démocratie

La souveraineté alimentaire

         Depuis la révolution néolithique il y a plus de 10 000 ans, l’agriculture tente d’assurer les besoins alimentaires de l’homme ; pendant longtemps le seul problème économique de l’humanité a été de se nourrir et cet objectif lui a longtemps échappé. Il semble qu’il lui échappe encore aujourd’hui.

         Si les famines et les disettes sont dues depuis toujours essentiellement à des phénomènes naturels dévastateurs de grande ampleur, surtout  d’ordre climatique, qui détruisent les cultures et anéantissent les cheptels, aujourd’hui il semble que les comportements humains soient de plus en plus impliqués directement. Si, parfois, on peut incriminer localement une agriculture restée trop archaïque ou un conflit armé pour expliquer les pénuries alimentaires, sur le plan mondial l’inaccessibilité à l’alimentation menant encore à des disettes sont aussi liées à des choix politiques globaux, à des réglementations imposées visant l’agriculture.         

         L’agriculture d’aujourd’hui, en crise de façon récurrente, comme beaucoup d’autres activités, souffre de l’affaiblissement de la démocratie. Gérée par le marché à l’échelle mondiale elle est victime d’une gouvernance de type top-down soumise à des lobbies dont les pouvoirs s’affirment de plus en plus au fur et à mesure que l’on s’éloigne du local. Les problèmes locaux ou mondiaux mettent en évidence que les marchés agricoles orchestrés par les organismes internationaux tels que l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) ou la Banque Mondiale (BM) peuvent être la source de l’insécurité de l’alimentaire mondiale. Or le concept de sécurité alimentaire fait l'objet d'un consensus international depuis le Sommet Mondial de l'Alimentation réuni à Rome en 1996, repris par  le Comité de la Sécurité Alimentaire mondiale qui affirme que « La sécurité alimentaire existe lorsque tous les êtres humains ont, à tout moment, la possibilité physique, sociale et économique de se procurer une nourriture suffisante, saine et nutritive leur permettant de satisfaire leurs besoins et préférences alimentaires pour mener une vie saine et active. ». 

     La même année, le mouvement paysan international, la Via Campesina, propose l’instauration de la « Souveraineté alimentaire »qui souligne que « les populations, leur Pays ou Unions doivent avoir le droit de définir leur politique agricole et alimentaire », comme pilier de toute action contre la faim. Elle ne demande en fait que l’application d’un principe de défense du droit à l’alimentation, droit énoncé dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948 et dans le Pacte International relatif aux droits économiques sociaux et culturels (PIDESC) entré en vigueur en 1976.

         La souveraineté alimentaire est le droit des pays de définir leur propre politique agricole et alimentaire, de protéger et réglementer leur production et leurs échanges agricoles avec un objectif de développement durable et de déterminer leur degré d'autonomie alimentaire, dans des conditions de travail et de rémunération décentes. Au-delà de la sécurité alimentaire, la souveraineté alimentaire accorde une importance particulière aux conditions sociales et environnementales de production des aliments. Elle vise un accès plus équitable aux terres cultivables par les paysans et prône des techniques agricoles qui favorisent leur autonomie. En fait ce concept mis en place essentiellement pour les pays en voie de développement s’adresse également aux pays développés……

La sécurité alimentaire nécessite la souveraineté alimentaire, mais aussi que localement les terres restent à la disposition des agriculteurs locaux et ne soient pas accaparées par des investisseurs privés. Ce qui n’est malheureusement pas le cas actuellement malgré un semblant d’encadrement de l’investissement foncier proposé par la  Banque mondiale, le FAO, la Cnuced[1] et le FIDA[2] qui ont adopté sept principes internationaux ; appels à la responsabilité mais qui ne sont que des paroles masquant ce qui se passe réellement  (la FAO indique en mai 2014 que 45 millions d'hectares ont été achetés en Afrique par le Japon, la Corée du Sud ou encore la Chine et, selon un rapport de l’International Land Coalition66% de ces terres acquises visent à produire des agrocarburants, 15% seulement sont destinées à la production d’aliments).La république démocratique du Congo 50% des terres fertiles sont passées sous le contrôle de pays étrangers intéressés par l’exploitation du sous-sols plus que par l’agriculture !).

Ce «Hold-up sur les terres» menace, non seulement la survie de millions de personnes dans le monde, mais également les écosystèmes, les forêts et les espèces animales en danger de disparition.

               Les sept principes présentés

    Principe 1: les droits fonciers existants sont reconnus et respectés.

    Principe 2   les investissements ne mettent pas en danger la sécurité alimentaire, mais au contraire

la renforcent.

    Principe 3: on veille à la transparence, à la bonne gouvernance et à la création d’un environnement propice.

    Principe 4 : consultation et participation (des populations concernées).

    Principe 5: la viabilité économique

et la responsabilité des projets agricoles.

    Principe 6: la durabilité sociale (les investissements génèrent un impact social positif et distributif et n’augmentent pas la vulnérabilité).

    Principe 7: la durabilité environnementale (quantification et minimisation des impacts environnementaux).

                                                                                                              (Janvier 2010, www.responsibIeagro­inveslment.org/rai)

Ces propositions réfutées par cent trente ONG qui ont signé une déclaration d’opposition aux «sept principes», doutant de la portée réelle de ces appels aux  « bonnes pratiques » lorsqu’il est question de sécurité alimentaire nationale. Même si la Banque mondiale demande davantage de transparence et d’éthique,  il s’agit d’une mission impossible face aux pouvoirs des lobbies qui s’imposent pleinement dans la mondialisation[3] parfois avec la complicité des Etats.

         L’agriculture moderne, intensive qui s’est développée depuis plus de cinquante années, a imposé aux paysans une remise en cause complète de leur mode de vie afin de produire en quantité et à bas prix, ce qui nécessite la mécanisation systématique et l’emploi massif de produits chimiques.

Elle est une agriculture simplificatrice, «standardisante», menant à la monoculture, à la spécialisation.La libéralisation des échanges, mise en place depuis le milieu des années 1990, a privé l’agriculture de toute autonomie et a fragilisé cette activité qui est devenue une industrie productiviste avec introduction massive de capitaux (endettement). Les rendements augmentent, le prix des denrées alimentaires baissent, mais cela se fait au détriment des petites exploitations qui disparaissent peu à peu 

(une exploitation disparait chaque jour en Picardie), des faillites, des suicides d’exploitants ….. ; les impacts environnementaux liés à l’utilisation de produits chimiques sont inquiétants (contamination des sols, des eaux continentales  …..) ; la qualité des produits alimentaires est mise en cause (le scandale du veau aux hormones, les crises de la vache folle,du poulet à la dioxine….).

L’agriculture intensive énergivore doit faire face à la réduction des émission de GES (13% environ des émissions de GES ; 35 % si l’on s’attache à la chaine alimentaire dans son ensemble), à la diminution des surfaces cultivées et à la baisse de fertilité des sols ; elle a à répondre à la concurrence entre les objectifs des cultures (les cinq F, food, feed, fuel, fiber, flowers), prendre en compte la biodiversité sauvage et aussi domestique (interdiction des semences paysannes). Enfin elle s’accompagne d’un appauvrissement des zones rurales.

         De nombreux économistes n’écartent pas l’éventualité d’une nouvelle crise alimentaire provoquée par la volatilité des prix et cela en dépit des innovations techniques et de l’industrialisation de l’agriculture (en 2008 la hausse des prix des matières premières agricoles entrainait des émeutes de la faim et provoquait une crise alimentaire mondiale augmentant considérablement le nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde et laissant envisager une pénurie durable des denrées alimentaires).

 

            «Notre modèle agricole mondial est à bout de souffle»[4].

La démocratisation de l’agriculture alimentaire est indispensable ; il faut une réappropriation par le citoyen de la souveraineté de l’alimentation et de la  sécurité alimentaire. Il faut également un autre système protégé et une autre agriculture plus soutenable.



[1] Conférence des Nations Unies sur le Commerce et la Développement.

[2] Fonds International de Développement Agricole

[3] Le Monde Diplomatique sept 2011   Benoit Lallau

[4] Olivier De Schutter  rapporteur spécial des Nations unies jusqu’en 2014 pour le droit à l'alimentation.

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26 février 2017

Agriculture

Quelle agriculture demain ?

     Il semble indispensable aujourd’hui de repenser les options retenues par l’agriculture moderne soumise à la technologie, à la chimie, fondée sur le paradigme retenant le caractère illimité des ressources naturelles et la permanence des structures et mécanismes de la nature à leur origine. Les crises récurrentes de l’Agriculture que l’on tente d’endiguer souvent par des solutions financières, ne règlent rien et ne font que repousser les échéances en masquant passagèrement les symptômes. Ce qui n’a rien d’étonnant puisque selon le précepte d’A. Einstein « Les problèmes ne peuvent être résolus par le genre de pensée qui les a créés».

            De plus en plus s’affirme la nécessité, surtout en Agriculture, d’aller vers une décroissance énergétique et de recaler les rythmes de développement de nos sociétés avec ceux de la dynamique de l’écosystème terrestre ; ce qui va à l’encontre des comportements sociétaux actuellement retenus.

Allons-nous vers une révolution écologique de l’agriculture ?

         L’Agriculture de demain sera vraisemblablement multiforme mais toutes les techniques tiendront compte de l’environnement (protection des sols, énergie, GES…) ; ils s’appuieront sur une réduction des intrants qui ira également dans le sens d’une prise en considération des problèmes de santé….    Il devrait y avoir une approche globale des systèmes productifs.  

            Sera-t-elle à deux dimensions[1] ? Cela semble se confirmer peu à peu.

 

                        Il y aurait une Agriculture d’exploitations de grande taille     

            Elle concernerait des surfaces importantespermettant les économies d’échelle et une production spécialisée misant sur la quantité. Elle serait une Agriculture spécialisée contractualisée avec les agro-industries  (conserveurs, distribution…)  et pour l’exportation   (céréales …) .

            Ce système agricole resterait « conventionnel » mais serait peut-être plus technologique. En s’appuyant sur des innovations techniques (plus coûteuses), elle pourrait être une agriculture de précision avec de nouveaux matériels (GPS, drones ….  ), lors des semis, de l’apports d’engrais ou des traitements phytosanitaires (tracteur avec recueil d’informations topographiques, hygrométriques …..) Dans ces exploitations le gérant serait plus un gestionnaire de données informatiques …. Il s’agira  d’une agriculture de produits standardisés, pour consommateurs de types uniformisés ! Elle irait dans le sens d’une main mise de la sphère financière sur les terres.               

                                          Une Agriculture sur exploitations de taille humaine   

            Sur dessurfaces plus réduites elle s’appuierait sur une production  plus qualitative ; économie de qualité et plus à même d’assurer des services environnementaux …   (paysages, haies, lutte contre l’érosion …. biodiversité sauvage et domestique …..)

                                                           *Agriculture de certification    Ag normalisée

C’est une voie qui n’est pas nouvelle qui s’appuie sur des produits certifiés, labellisés, avec cahier des charges (AB, AOC ; élevage extensif, sans OGM, sans antibiotique…)  L’étiquetage confirme l’origine des produits garantis par des critères de qualité, pour consommateurs avertis, informés.

Produits à commercialisation nationale et internationale comme le vin, les fromages… 

                                                           *Agriculture de proximité

Elle se caractérise par une commercialisation locale. Agriculture périurbaine ? à structure spatiale rappelant celle circulaire des anciens villages. Agriculture  urbaine !

 C’est la vente directe à la ferme, sur marchés « paysans », distributeurs à la ferme ou en ville. Il se crée un lien de proximité qui la rend plus économe en énergie. 

Système plus local  où un contact se fait entre producteurs et consommateurs d’un même territoire (AMAP…..).

_____________

            Il serait souhaitable que l’agriculture ne reste pas sous la tutelle de l’OMC et que la souveraineté du service alimentaire soit admise. Ceci permettrait en reconnaissant la spécificité et le caractère unique des biens nécessaires à la sécurité alimentaire de protéger les agriculteurs des conséquences négatives des échanges commerciaux et des spéculations sur les prix des produits agricoles.

            Le droit de propriété intellectuelle sur le vivant, particulièrement celui touchant les semences, doit être également remis en cause dans le respect des « droits des paysans ». Une déclaration onusienne allant dans ce sens est attendue (fideicommis).

 

Pour l’agro-écologie il importe que ces conditions soient réalisées afin de faciliter sa mise en pratique. Malheureusement il sera plus facile pour le monde agricole  de préférer se référer à une « agriculture écologiquement intensive » travestie d’effets vestimentaires choisis par les gros exploitants, le syndicat majoritaire, l’agrobusiness, qui ne remettront pas ou peu en cause l’agriculture conventionnelle d’aujourd’hui.



[1] P. Limousin « Agricultures et industries agro-alimentaires françaises » Masson géographie 1992

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La pensée agronomique unique

 

         Les problèmes que rencontrent actuellement les agriculteurs mais aussi l’Agriculture, activité indispensable à l’homme, montrent que nous sommes allés trop loin en acceptant une agriculture totalement tributaire d’un système économique aveugle, sans nature, sans morale, sans éthique. Nous ne pouvons accepter de continuer dans cette voie en occultant les méfaits des techniques agronomiques d’une agriculture conventionnelle devenue une véritable police d’opinion agricole.

        Il faut que les agriculteurs se libèrent de la pensée agronomique unique, prêchée par les lobbies de la chimie, appuyée par le syndicat dominant et appliquée avec la bénédiction officielle qui fait croire qu’il s’agit d’une vérité. La fertilisation chimique annoncée comme une idée géniale et salvatrice pour l’humanité, n’est peut-être pas du tout ce qu’en dit la science agronomique officielle en faisant chorus avec tous ceux qui en tirent profits.

         La méfiance instinctive des agriculteurs qui regardaient la terre comme l’élément de base de leur art, capital qu’il fallait protéger, s’est estompée progressivement chez la plupart d’entre eux face à des techniques  en apparence performantes et à une propagande efficace; la terre a cessé d’être vivante dans leur esprit. Ainsi, pour la quasi-totalité d’entre eux, le sol est un support physique pour la plante, sans valeur en lui-même, un simple support inerte qui permet une alimentation artificielle des plantes. Mais il semble bien que les agronomes modernes ont eu tort de croire, parce qu’elles ont permis d’étonnantes prouesses sur la matière inerte, qu’il suffisait de transposer des lois physiques et chimiques au monde vivant pour le dominer et le diriger. La pensée agronomique comme la pensée médicale d’ailleurs, font la confusion entre concepts chimiques et concepts biologiques et affirment l’une et l’autre que tout problème peut être réglé chez la plante comme chez l’homme par la chimiothérapie, les engrais et les produits phytosanitaires ou les vitamines et les médicaments qui peuvent chez l’un comme chez l’autre générer, d’ailleurs, des maladies iatrogènes[1] (la médecine est en légère avance sur l’agriculture, en effet elle convient qu’il n’y a pas de médicament inoffensif).

         La pensée agronomie unique qui  oblige à croire à la fertilité minérale et à opter pour «la mentalité N P K»[2] a permis d’intégrer l’agriculture dans le monde industriel. Cette agriculture conventionnelle intensive qui favorise certes de hauts rendements à l’hectare (qu’il ne faut pas confondre avec la productivité), inquiète depuis longtemps nombre de scientifiques. L’alimentation artificielle des cultures se fait en portant atteinte à la qualité de la plante, de l’eau, de l’air, des sols et mène à l’avilissement de l’alimentation aux effets délétères. Elle appauvrit aussi la biodiversité qu’elle soit sauvage ou domestique par les remembrements, la suppression des prairies permanentes, des haies, l’uniformisation des productions ….. par la mainmise des firmes sur les semences, l’obtention de l’interdiction des « semences de ferme »[3], le brevetage du vivant …l’accaparement des terres par des multinationales ….

         Tout ceci oblige assurément à envisager une autre agriculture plus soucieuse de son impact sur le devenir du monde vivant qui l’environne et nous impose de revisiter le modèle agricole actuel en remettant en cause sa dépendance aux mondes financier et économique, qui ne pensent que profits à courts termes au détriment de la santé.

 Il serait souhaitable que la souveraineté alimentaire[4] qui affirme le « droit des peuples à une alimentation saine et culturellement appropriée produite avec des méthodes durables et le droit des peuples à définir leurs propres systèmes agricoles et alimentaires», soit reconnue et appliquée en urgence[5]. Il faut que l’ONU à travers une convention confirme le droit à la souveraineté alimentaire des peuples.

 



[1] Il y a effet iatrogène lorsqu’un traitement déclenche de nouveaux symptômes, distincts de ceux qu’il est censé soigner. F. Chaboussou « Les plantes malades des pesticides »  Debard 1980

[2]  A. Howard (1873-1947) l’un des pères de l’agriculture biologique (Azote ; Phosphore ; Potassium)

[3] Le vieux droit des paysans à réutiliser lors des semis les graines de leur récolte (en France voir loi votée en novembre 2011). Voir également le procès perdu en Cour de justice européenne par Kokopelli en 2012.

[4] « La Via Campesina » Sommet mondial de Rome sur l’alimentation. FAO 1996

[5] Depuis le Forum international sur la souveraineté alimentaire de 2007 qui s’est tenu au Mali, «Déclaration de Nyéléni »,  l’ONU y travaille mais trop lentement !

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